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05 octobre 2008

Une grève XXL sans légitimité

La “très large” grève de ce lundi (appelons-la ainsi puisque ceux qui l’organisent précisent qu’il ne s’agit pas d’un mouvement “général”), et la très très grande pagaille qu’elle entraînera dans la vie quotidienne des citoyens et dans l’économie du pays, ne manque certainement pas d’explications, voire de justifications. Pourtant, on peut raisonnablement avancer qu’elle n’est pas légitime.
Des auto-justifications, les syndicats n’en manquent pas.
Il y a évidemment la grande inquiétude de la population qui, ce n’est pas un slogan, est réellement touchée dans son pouvoir d’achat. Il y a aussi les négociations interprofessionnelles qui s’annoncent et qui amènent les organisations syndicales à tenter de créer un rapport de forces favorable, alors qu’elles savent très bien que la marge de manœuvre des entreprises est très faible, avec une récession économique qui s’entame.
Il y a encore une sorte de cynique “effet d’aubaine” : la crise financière actuelle offre une opportunité de revaloriser certaines thèses de gauche face à la dérive néolibérale.
Il y a enfin la concurrence intrasyndicale qui pénaliserait celle des organisations qui voudrait se montrer réaliste.
Et, pourtant, cette grève XXL a objectivement peu de légitimité. Il y a d’abord sa coïncidence avec le cyclone financier qui ébranle les banques belges et menace notre économie, et donc l’emploi. Qui, du côté syndical, va pouvoir affirmer que cette action ne va pas aggraver les choses ?
Il y a aussi la présence sous-jacente d’une tension communautaire, qui va reprendre vigueur dès que les négociations Nord-Sud commenceront. Si la grève de ce lundi paralyse davantage la Wallonie que la Flandre, ce sera du grain à moudre supplémentaire pour ceux qui, du côté néerlandophone, réussissent à convaincre une part toujours croissante de l’opinion que les Wallons sont une charge de moins en moins supportable.
Il y a enfin cette habitude désagréable de dégainer avant même de s’asseoir à la table des négociations sociales. Comment les états-majors syndicaux pourront-ils dissuader les plus jusqu’au-boutistes de leurs troupes de déclencher des grèves sauvages ou émotionnelles s’ils donnent eux-mêmes le mauvais exemple ?
Bref, la FGTB wallonne – qui a entraîné son homologue flamande, puis la CSC et le syndicat libéral dans l’action – ne rend pas un bon service à ceux qu’elle affirme défendre, ni à l’ensemble des travailleurs qui connaissent et vont encore connaître des jours difficiles.

01 octobre 2008

Banques : écoutez la différence

Je ne connais personnellement ni Maurice Lippens, ni Axel Miller. Et je ne suis pas un journaliste spécialisé dans l'information financière. Tout juste un professionnel de l'information et un citoyen qui tente de décoder les choses.
Eh bien, autant j'ai été (et je reste) écoeuré par la manière mesquine et lâche dont les dirigeants de Fortis se sont esquivés ces derniers jours, autant j'ai été impressionné par le courage manifesté mardi par l'administrateur délégué de Dexia, démissionnaire depuis le matin même. Quelles que soient ses éventuelles responsabilités dans les problèmes qu'a rencontrés son institution bancaire, il a fait preuve mardi soir dans les Journaux télévisés de sang-froid, de transparence et de conviction. Bref, de ce genre d'attitude qui peut faire la différence dans le genre de crise de confiance à laquelle est confrontée le secteur financier.
Intuitivement, je pense que les actionnaires et les déposants de cette banque ont dû être rassurés par cette prestation, même si le mal - 100 millions d'euros de retraits par des particuliers avant cela - était largement fait. Tout aussi intuitivement, je pense que les actionnaires et déposants de l'autre grande victime (?) de cet épisode conservent de la rancœur et de la méfiance à l'égard d'une entreprise qui n'a pas su pousser, à temps, vers la sortie certains de ses dirigeants manifestement discrédités.
On ne refait pas l'histoire, mais on peut se demander si les événements n'auraient pas été différents si, au début de l'été, Maurice Lippens avait lui-même décidé de faire un pas de côté ( à 65 ans, l'âge de la retraite) en même temps que celui imposé à Votron. Il semble en tout cas que président de Fortis ait été maintenu en place moins pour ses aptitudes que par le poids qu'il représentait dans l'establishment belge.
On a coutume de dire qu'aujourd'hui, toutes les banques se ressemblent (à force de s'assembler, sans doute). A lire depuis des années, et particulièrement ces derniers mois et jours, tous les courriers de lecteurs, ainsi que les réactions sur les forums des internautes, je dois bien constater qu'il semble bel et bien exister entre les différents établissements bancaires de grosses différences de culture. Il apparaît ainsi que les clients de telle enseigne bénéficient auprès des employés de leur agence d'un plus grand respect que ceux d'une autre, malmenés par un personnel développant tous les mauvais aspects d'un fonctionnarisme démodé. Bref, pour être clair, que l'arrogance de certains dirigeants semble avoir déteint sur toute leur entreprise, alors que l'exigence manifestée par d'autres a manifestement dopé les performances de leurs employés.

24 septembre 2008

Procès d'Adam : s'informer et débattre

Depuis quelques jours, il est possible aux visiteurs de notre site internet “lalibre.be” de déposer un commentaire en bas de chaque article présent sur ce site.
Les visiteurs-lecteurs ont largement profité de cette potentialité pour exprimer une réaction immédiate, ou une réflexion plus construite, dès que furent connus, mardi après-midi, le verdict dans le procès d’Adam G, puis la peine prononcée. Ils ont aussi réagi mercredi matin à la lecture de l’éditorial de La Libre posté sur le site, et en cours de journée à l’annonce, par la défense du condamné, que ce dernier souhaitait purger sa peine en Belgique plutôt qu’en Pologne.
Sans grande surprise, on se rend compte à la lecture de ces réactions qu’il n’y a pas unanimité sur le sujet. Certes, il ne s’agit en rien d’un baromètre de l’opinion qui pourrait indiquer quelle partie de la population défend telle ou telle thèse : ce n’est d’ailleurs pas le but poursuivi. En revanche, il n’est pas inutile pour alimenter sa propre réflexion de prendre connaissance des arguments des uns et des autres, ou de certains points d’interrogation soulevés ici et là.
Que ce soit sur notre site internet, ou dans les pages “Débats” et “Courrier des lecteurs” du journal imprimé, nos objectifs sont en effet de permettre aux visiteurs-lecteurs d’exprimer un avis, une opinion, une interpellation; de leur offrir une plateforme où débattre civilement entre eux; de leur faire découvrir des avis proches ou différents des leurs. Dans notre esprit, il s’agit d’une belle complémentarité : il serait tout aussi frustrant de ne pouvoir exprimer sa propre opinion sur des faits ou des problématiques qui influencent fortement la vie en société, que de ne pas disposer de toutes les informations nécessaires afin de charpenter sa réflexion. L’important est à nos yeux, comme aux vôtres, de n’être manipulé ni par l’ignorance ni par l’émotion.

15 septembre 2008

Un sommet de démagogie

Ce week-end a (une fois de plus) offert une image particulièrement valorisante de notre vie politique. Que ce soit au Sud, ou au Nord, à gauche ou à droite, sans oublier au milieu, on a eu droit à un festival de déclarations dont le premier effet est de décrédibiliser la politique et ses acteurs.
Il est positif que les responsables des différents partis débattent, c'est-à-dire échangent des arguments et tentent, ainsi, de déplacer vers eux le grande de l'électorat qui leur permettrait de faire la différence lors d'un prochain scrutin. Il est inévitable que, dans une telle confrontation, les uns et les autres s'égratignent. Et cela même si cela peut sembler très particulier pour des partenaires d'une même coalition gouvernementale. Mais ce qui m'insupporte au plus haut point, c'est la démagogie. Parce qu'à mon sens, elle est indigne de citoyens d'un pays malgré tout privilégié comme le nôtre, et plus encore de ceux qui font mission de les représenter d'une part, et de veiller à l'interêt général d'autre part.
Ainsi, quand j'entends des mandataires libéraux dénoncer le "lotissement" de l'Etat (et de toutes les structures publiques) par le PS, me revient inévitablement à l'esprit les huit années que les uns et les autres ont partagées aux différentes manettes du pouvoir. Et ce n'était pas il y a cinquante ans!
Quand j'entends d'autre part un ministre wallon du CDH… se taire à l'évocation des quelque 200 mandats de réviseur que possède une dynaliste socialiste à Liège, je demande si la présence dans le gouvernement de la Région wallonne vaut bien une telle lâcheté.
Quand j'entends ensuite le président du PS balayer une question touchant au futur score électoral de son parti en affirmant que sa seule préoccupation est le bien des gens et qu'il ne faut pas penser que les politiques sont à ce point obsédés par leurs résultats électoraux, je me dis qu'on a atteint un sommet dans le genre.
Quand j'entends enfin le dézinguage systématique par un chef de groupe écolo d'absolument tout ce que font (et ne font pas) les trois autres, je pense qu'il ne leur sera jamais possible de conclure une alliance de majorité avec l'un, l'autre ou le troisième, sans se renier gravement, ce que leur éthique de la gouvernance leur interdit évidemment.
Bref, en me relisant, je me rends compte qu'on est vraiment très mal barré ou que je suis sans doute trop exigeant.

09 septembre 2008

Francorchamps, une escroquerie

Donc, l'édition 2008 du Grand Prix de Spa-Francorchamps aura perdu un million d'euros de plus qu'en 2007, et il affiche un déficit de 3 millions d'euros. Bon, bien, et alors? Cette information me laisserait froid s'il n'existait pas un accord pour que la Région wallonne prenne à sa charge ce déficit. En deux ans, cela va donc faire près de 6 millions d'euros à charge de la collectivité wallonne. Pas grave, a indiqué l'autre jour Etienne Davignon, le président de la société d'exploitation du Grand Prix: c'est moins que si la Région devait payer les pénalités initialement prévues à l'égard de Bernie Ecclestone. Ben voyons…
Il n'est pas bien vu, apparemment, de s'opposer à l'existence même du Grand Prix de Formule 1 à Francorchamps. Les écolos, par exemple, attribuent un revers électoral à leur position sur le sujet. Aujourd'hui, ils regardent ailleurs.
Ce qui est particulièrement vicieux dans l'argumentaire de ceux qui ont tout fait pour récupérer l'événement, c'est le lien quasi intégriste qu'ils font entre la venue du "plateau" de la F1 avec la bonne santé de la Région wallonne, et sa visibilité à l'étranger. Rien n'est plus faux, en réalité. Les millions d'amateurs de F1 à la télévision auront-ils une meilleure (ou moins bonne ) image de nos contrées après la course de dimanche? C'est comme si les organisateurs du Van Damme (qui ne demandent d'argent à personne, si ce n'est à leurs sponsors privés) affirmaient que le sort institutionnel de Bruxelles dépend de la vitesse à laquelle sera couru le 100 mètres.
Le problème, c'est que ce genre de mauvaise foi (quasi universelle autour du sillon Sambre et Meuse) s'applique à tout et au reste, bref à n'importe quoi. Dernière démonstration en date, le procès en sorcellerie déclenché contre Reynders par Di Rupo, Antoine et consorts parce qu'il a osé critiquer la gestion de la Région wallonne, et cela alors "qu'il faut faire front contre la Flandre dans les négociations qui s'annoncent". C'est quoi, çà? C'est l'enième (mais non dernier) avatar de cette méthode chère à M. Coué qui, depuis qu'on l'utilise, devrait être citoyen d'honneur de toutes les villes et communes wallonnes de plus de 117 habitants. C'est une escroquerie intellectuelle, même si le qualificatif est trop pompeux pour la chose. C'est plus gravement un très mauvais service rendu à chaque Wallon, fondé à croire que le salut est dans le repli et le contentement de soi.